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Modus Trollerandi Partie 2: Whataboutisme

août 04, 2021

Comment la démocratie est MALMENÉE: Sept coups bas

Dans une série d’articles, EUvsDisinfo démontrera quelques coups bas de la rhétorique de la désinformation; comment les producteurs de désinformation détournent systématiquement un échange d’idées – le fondement de la démocratie – en recourant à un ensemble de stratagèmes habiles. Les trolls du Kremlin veillent à enliser le discours public dans un bourbier de contestation inutile. Un militant suédois a inventé le terme Modus Trollerandi pour décrire les tentatives visant à saboter le débat public en recourant à différents coups bas. EUvsDisinfo a développé le concept pour montrer comment la démocratie est MALMENÉE (SWAMPED) par des manipulations pernicieuses.

S: Sophisme de l’épouvantail:

Attaquer des vues ou des idées jamais exprimées par la cible.

W: Whataboutisme:

Détourner la discussion du sujet.

A: Attaque:

Utiliser un langage brutal pour décourager l’opposition.

M: Moquerie:

Utiliser le sarcasme pour rabaisser l’opposition.

P: Provocations:

À qui profite le crime?

E: Épuiser:

Submerger l’opposition d’informations et de détails techniques.

D: Déni:

Nier complètement toutes les preuves.

 

W pour Whataboutisme

Ce stratagème a fréquemment été utilisé en lien avec le détournement d’un avion orchestré par le président biélorusse Alexandre Loukachenko, à la fin du mois de mai. Les experts en communication du Kremlin ont réellement tenté de détourner les actualités liées à cet incident, affirmant qu’envoyer des avions de chasse pour intercepter un aéronef civil et transmettre de fausses alertes à la bombe était une pratique courante. Cette allégation a été répétée ad nauseam (un stratagème qui sera couvert dans un prochain article). Des exemples sont à retrouver ici, ici et ici.

Le whataboutisme est un stratagème rhétorique qui consiste à détourner l’attention d’une question fâcheuse. L’Oxford English Dictionary le définit comme suit:

La technique ou la pratique consistant à répondre à une accusation ou à une question difficile en formulant une contre-accusation ou en soulevant une autre question.

Cette méthode est très répandue dans l’écosystème de la désinformation pro-Kremlin. «L’armée russe a abattu un avion de ligne? Et qu’en est-il de tous les aéronefs abattus par les États-Unis?» «L’Est de l’Ukraine? Et qu’en est-il de toutes les affaires d’autres pays dans lesquelles les États-Unis se sont immiscés?» «Des manifestants détenus en Russie? Et qu’en est-il des violences policières en Europe et des gilets jaunes? Qu’en est-il de la persécution des manifestants pacifiques à Washington?»

L’erreur du Tu Quoque

La rhétorique classique décrit cette technique comme une version de l’erreur du Tu Quoque. En russe, elle se traduit par «сам дурак» – «c’est toi, l’idiot!». Cette approche trouve ses racines profondes dans les traditions rhétoriques soviétiques, et l’écosystème de la désinformation du Kremlin y recourt souvent. EUvsDisinfo a décrit cette méthode dans plusieurs articles – ici, ici et ici, par exemple.

Le whataboutisme est un coup bas efficace; il fait depuis longtemps partie intégrante de la désinformation du Kremlin. Même au plus haut niveau politique, au lieu de répondre aux questions sur les détentions massives de manifestants pacifiques, les responsables russes appliquent le whataboutisme au lieu du dialogue:

Nous avons envoyé à M. Borrell une compilation de documents relatifs à la manière dont les détentions ont lieu, dont des manifestants pacifiques sont dispersés, et dont la police agit dans les pays de l’UE, afin que lui et sa délégation puissent saisir cette opportunité pour répondre à de nombreuses questions eux-mêmes avant de nous les poser.

Le whataboutisme est un moyen agressif de prendre le contrôle d’un débat. Par ce biais, le Kremlin détourne les critiques et accuse l’opposition. La partie attaquée est forcée d’adopter une position défensive, et le Kremlin s’impose en champion de la morale.

L’antidote contre le whataboutisme: gardez le cap et insistez pour poursuivre le débat sur la question centrale.

Suite: A pour attaque