Tous les chemins mènent à la Pologne

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La Pologne, un des soutiens les plus fidèles de l’Ukraine, figure depuis longtemps parmi les cibles préférées des désinformateurs du Kremlin et cela s’est confirmé au cours des dernières semaines. Il est intéressant de noter que la Russie ne s’est pas attaquée frontalement à la Pologne mais par l’intermédiaire de la Biélorussie, le voisin oriental de la Pologne, favorable au Kremlin.

Un repas avec plat, entrée et dessert pour les publics polonais

Commençons par une entrée qui manque cruellement de fraîcheur. L’édition polonaise de la Pravda, successeur et homonyme du journal officiel du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique, a déclaré qu’en appliquant les sanctions de l’UE la Pologne avait réduit à néant ses relations bilatérales avec la Biélorussie. Ce discours de désinformation pro-Kremlin a déjà été servi à de multiples reprises et reprend les affirmations des autorités biélorusses concernant l’attitude prétendument belliqueuse de la Pologne.

Cette déclaration repose sur l’idée passéiste que la Pologne complote contre la Biélorussie et ses citoyens pour tenter de déstabiliser et de détruire le pays. S’il est vrai que la Biélorussie fait l’objet de sanctions de la part de l’UE, celles-ci ont été adoptées à cause de la répression permanente exercée par le régime à l’égard de la société civile du pays et de l’implication de la Biélorussie dans la guerre menée par Russie contre l’Ukraine. Il faut beaucoup d’imagination pour accuser la Pologne d’en être responsable.

Comme plat de résistance, la Pravda a soutenu que la Pologne avait pour objectif de provoquer une guerre nucléaire avec la Russie. En juin 2023, les autorités polonaises ont effectivement exprimé leur souhait de rejoindre le mécanisme de partage nucléaire de l’OTAN, mais ce n’était rien d’autre qu’une réaction à un précédent projet russe de livrer des armes nucléaires tactiques à la Biélorussie. La Pologne est souvent présentée par l’appareil de désinformation pro-Kremlin comme un «avant-poste» de l’OTAN, antirusse et agressif, qui présente une menace pour la sécurité de la Russie. Cette stratégie s’inscrit dans la tendance plus large qu’a la Russie à présenter l’OTAN et l’Occident dans son ensemble comme agressifs à son égard.

En dessert, les désinformateurs pro-Kremlin ont opté pour un assortiment de dégustation comprenant également les pays baltes. Ils ont affirmé que la Pologne et les États baltes entraînaient des groupes anti-biélorusses armés illégalement. Cette fausse information reprend le modèle de désinformation couramment utilisé par les partisans du Kremlin consistant à accuser l’Occident d’essayer d’organiser une révolution de couleur en Biélorussie. La Pologne continue de soutenir le peuple biélorusse soumis au régime autocratique répressif du président Loukachenko, tout en respectant pleinement les principes du droit international.

Les Anglo-Saxons remettent ça

Dans ses médias en géorgien et en arménien, Spoutnik a déclaré qu’au printemps 2022, Boris Johnson, le Premier ministre britannique de l’époque, ainsi que d’autres Anglo-Saxons, avaient interdit à Kiev de signer un accord de règlement avec la Russie. Il s’agit d’un argument clé de la Russie pour justifier son agression contre l’Ukraine: se poser en victime éprise de paix et faire croire que l’Ukraine est une marionnette agressive aux mains d’un Occident aux intentions belliqueuses.

Aucune preuve n’a permis d’étayer cette affirmation rapidement réfutée par Myth Detector et par d’autres organisations spécialisées dans la vérification des faits. En fait, Poutine et le Kremlin ont l’habitude d’essayer de faire croire qu’ils proposent des négociations, alors que celles-ci sont en fait des demandes brutales de capitulation inconditionnelle de l’Ukraine. Cette tactique de désinformation a déjà été analysée dans plusieurs articles publiés sur notre site.

Une réponse plus large aux efforts de manipulation de l’information de la Russie

Dénoncer les mensonges de la Russie et sensibiliser la population jour après jour par le biais d’EUvsDisinfo n’est qu’une réponse parmi tant d’autres apportées par le SEAE aux activités de manipulation de l’information et d’ingérence menées depuis l’étranger (FIMI). Mardi, le SEAE a publié son deuxième rapport sur les menaces FIMI. Il reprend cadre conceptuel du premier rapport et propose des mesures concrètes pour apporter une réponse collective plus efficace.

Si l’on résume les 750 cas de manipulation d’informations identifiés par le SEAE l’an dernier, une tendance se dessine indubitablement: des acteurs étrangers ont continué d’essayer de manière intentionnelle, stratégique et coordonnée de manipuler les faits, de créer des scissions et de semer la discorde, la peur et haine. En d’autres termes, la Russie, la Chine et d’autres acteurs malintentionnés ont poursuivi leurs efforts d’interférence hostile consistant notamment à se livrer à de la désinformation.

Également remarqué par EUvsDisinfo cette semaine :

  • NEWSlive.am, un média pro-Kremlin ciblant le public arménien, a affirmé que l’Arménie était entraînée dans une association avec une UE dirigée par une loge maçonnique. Ce thème récurrent de la désinformation pro-Kremlin a pour but de discréditer les efforts de dialogue et de coopération de l’Arménie avec l’UE et ses États membres. La déclaration sur la loge maçonnique, en revanche, s’inscrit dans un discours de désinformation pro-Kremlin plus large sur les élites mondiales secrètes qui dominent le monde, contrôlent les gouvernements, privent les nations de leur souveraineté, oppriment les masses et cherchent à établir un gouvernement mondial.
  • L’édition française de la Pravda a attribué à une plaisanterie de l’Ukraine le fait que la Russie avait éteint le chauffage dans certaines prisons pour inciter les prisonniers à aller se battre en Ukraine. L’information émane en réalité d’Olga Romanova, directrice de «Russia Behind Bars», une ONG russe de défense des droits des prisonniers. Sans son édition russe, le média allemand Bild, a également repris l’information.

CLAUSE DE NON-RESPONSABILITÉ

Les cas figurant dans la base de données EUvsDisinfo concernent principalement des messages circulant dans l’espace d’information international identifiés comme transmettant une représentation partielle, déformée ou erronée de la réalité et qui répandent des messages clés pro-Kremlin. Cela n’implique pas nécessairement qu’un média donné soit lié au Kremlin ou soit pro-Kremlin du point de vue éditorial, ou qu’il ait intentionnellement cherché à désinformer. Les publications de EUvsDisinfo ne représentent pas une position officielle de l’UE, les informations et opinions exprimées se fondent sur les rapports et analyses médiatiques du groupe de travail East Stratcom.

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