La semaine dernière, des personnalités haut placées du Kremlin et des organes pro-Kremlin ont ressorti des cartons une fausse information tout à fait monstrueuse qu’ils avaient déjà utilisée. Kiev aurait prévu de faire exploser une bombe sale ou une arme radiologique et d’en tenir la Russie responsable. Aucune preuve étayant cette affirmation n’a été trouvée. Bien entendu, Josep Borrell, haut représentant de l’UE, a réfuté ces allégations. Par ailleurs, des diplomates français, britanniques et américains ont qualifié les déclarations russes de prétexte trouvé par Moscou pour provoquer une escalade de la guerre.

De plus, le 23 octobre, la chaîne Telegram de RIA a posté un message concernant une bombe sale, tenant un discours similaire et citant des sources restées secrètes. Il a été visionné plus de 1,1 million de fois. En quelques heures seulement, plusieurs médias affiliés à l’État russe, comme RIAFAN, l’édition internationale de Spoutnik, TASS et RT, ont publié sur Telegram des messages ou des articles véhiculant le même discours. Le réseau diplomatique russe a repris l’information, comme cela a été trop souvent le cas ces derniers mois. Au moins dix comptes diplomatiques russes sur Twitter, comme ceux du ministère russe des Affaires étrangères, de l’ambassade de Russie au Kenya et du représentant permanent de la Russie auprès des organisations internationales à Vienne, ont tweeté des messages relayant le même discours de désinformation.

Parallèlement, la Russie a mobilisé son réseau diplomatique pour faire savoir que la Russie ne possédait pas d’armes chimiques alors que des preuves révèlent le contraire. S’il est vrai que la Russie a détruit un stock important d’armes chimiques en septembre 2017, il ne s’agissait que de son stock déclaré. Non seulement la Russie possède des stocks non déclarés, mais elle a également utilisé à plusieurs reprises des armes chimiques contre ses ennemis perçus, aussi bien sur son sol qu’à l’étranger.

Les allégations d’opérations sous fausse bannière et d’attaques à l’arme chimique sont un grand classique de l’appareil de désinformation pro-Kremlin. Ces déclarations s’inscrivent dans une campagne plus large de manipulation de l’information menée par les partisans du Kremlin pour soutenir l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie et rejeter la responsabilité des atrocités de la guerre sur l’Ukraine.

Un discours en boucle

Toujours sur le thème des redites, les discours trompeurs sur la sécurité alimentaire sont aussi revenus sur le devant de la scène dans l’écosystème de désinformation pro-Kremlin. Si vous avez l’impression d’avoir déjà entendu ces discours, c’est parce que c’est le cas. Vous les avez déjà entendus, à de multiples reprises.

Tout d’abord, un certain nombre de médias pro-Kremlin en arabe ont tenté de rejeter la faute de la crise alimentaire qui s’annonce sur l’UE, affirmant que les mauvaises politiques de l’UE en étaient responsables et non la guerre d’agression non provoquée de la Russie contre l’Ukraine. Ensuite, dans un média s’adressant à un public de langue hongroise, des partisans du Kremlin prétendent que les pays occidentaux détournent les céréales exportées depuis l’Ukraine pour les garder pour eux au lieu de les envoyer vers des pays tiers qui en ont cruellement besoin. En fait, la plupart des denrées alimentaires ukrainiennes dont l’expédition est autorisée dans le cadre de l’Initiative céréalière de la mer Noire sont acheminées vers la Turquie, l’Égypte, la Chine, l’Inde et d’autres pays tiers.

La semaine dernière également, la chaîne Telegram en langue espagnole du ministère russe des Affaires étrangères a publié une infographie, ou plutôt une désinfographie. Le message faisait état de données censées provenir du Centre conjoint de coordination des Nations Unies pour l’Initiative céréalière de la mer Noire et tentait de réfuter les déclarations de Borrell concernant les exportations de céréales depuis l’Ukraine. Les chaînes Telegram des ambassades russes au Pérou et au Panama ont partagé la désinfographie. Peu de temps après, le compte Twitter en espagnol du ministère russe des Affaires étrangères a tweeté la même infographie, générant plus d’une centaine de retweets, notamment de la part des ambassades russes en Espagne et au Mexique.

Rejeter sur d’autres la responsabilité de ses propres méfaits est une tactique qui a été testée de nombreuses fois et qui est directement issue du petit manuel de manipulation de l’information du Kremlin.

Kremlin trying to pin the global food crisis on the West
Le Kremlin tente d’imputer la responsabilité de la crise alimentaire mondiale à l’Occident

Se mettre en défense

Face à ces efforts constants visant à imputer ses torts à d’autres, à déformer la réalité, à faire diversion et à provoquer le désarroi, nous devons améliorer notre propre jeu défensif. À l’occasion de la Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information, le SEAE et EUvsDisinfo ont lancé une campagne de sensibilisation aux activités de manipulation de l’information et d’ingérence menées depuis l’étranger, y compris à la désinformation. C’est ainsi qu’a été créée la nouvelle page «Apprendre» d’EUvsDisinfo.

La page «Apprendre» a pour mission d’apprendre au public à estimer la pertinence et la fiabilité des sources d’information et de leur contenu, ainsi qu’à dénoncer et réagir à la désinformation. Ces compétences sont la pierre angulaire des compétences numériques du 21e siècle et sont essentielles à nous tous.

La page présente les mécanismes, les tactiques, les discours habituels et les acteurs qui sont derrière la désinformation et la manipulation de l’information. Elle apporte une vue d’ensemble de l’écosystème de désinformation pro-Kremlin et explique la philosophie sur laquelle reposent les activités de manipulation de l’information et d’ingérence menées depuis l’étranger. La partie «Répondre» propose aux lecteurs des techniques de réponse simples applicables par tous. Ils ont ensuite la possibilité de mettre en pratique leurs nouvelles compétences à travers des quiz et des jeux.

New Learn section on EUvsDisinfo.eu
Nouvelle section Apprendre du site EUvsDisinfo.eu

Également remarqué par EUvsDisinfo cette semaine:

  • Dans les jeux de miroir des organes pro-Kremlin, aucune déclaration n’est jamais trop absurde. En fin de semaine dernière, la version biélorusse de Spoutnik affirmait que l’économie de l’UE en était au même stade que celle de la Russie au début des années 90. C’est ridicule et faux. L’article en question établit de faux parallèles entre le développement économique de l’UE et celui de l’URSS et s’inscrit parfaitement dans un discours récurrent de désinformation sur l’effondrement soi-disant imminent de l’UE.
  • Plusieurs versions de Spoutnik destinées au public géorgien ont prétendu que l’exercice nucléaire Steadfast Noon de l’OTAN était une répétition générale de la Troisième Guerre mondiale. Encore une fois, c’est totalement faux. Steadfast Noon est un exercice annuel qui n’est lié à aucun événement mondial en cours. L’exercice consiste en des vols d’entraînement d’avions de chasse et d’avions de surveillance et de ravitaillement. Aucune arme réelle n’est utilisée. Sans oublier que, comme tout le monde le sait, l’OTAN est une alliance défensive.